AVANT: La fonction traditionnelle des maisons d’édition était étroitement liée à la place disponible sur les étagères des librairies. Les librairies ayant une place limitée à allouer aux livres devaient soigneusement sélectionner quels livres mettre en avant. De ce fait, pour exister, une maison d’édition devait posséder une force de vente importante pour garantir que le livre se situerait bel et bien sur les étagères des librairies. Une fois la place en librairie assurée, les maisons d’éditions devaient disposer d’une force de frappe importante en matière de communication pour mettre en avant leurs livres (sous forme de publicités ou dans les sélections de livres de certains magazines et journaux). Un nombre important d’employés ainsi que des moyens financiers conséquents étaient dès lors nécessaires et permettaient d’avoir de ce fait un environnement concurrentiel relativement consolidé. Les maisons d’édition n’avaient qu’à choisir quel auteur publier et encaisser les 80 à 90% du chiffres d’affaires.
La donne a cependant considérablement changé avec l’internet :
- le concept de rareté de l’espace existe de moins en moins: pour cause Amazon peut proposer un nombre illimités de livres et un individu quelconque peut s’arranger pour posséder autant de titres disponibles en ligne que n’importe quelle maison d’édition.
- Un nombre important de personnes peuvent écrire des livres (il suffit d’un PC), il n’y a plus besoins d’être sélectionné par une maison d’édition pour avoir de la visibilité – ce qui sera d’autant plus le cas si le Print on Demand est le futur de la publication papier.
- Les sélections de journaux voire même d’experts perdent de leur importance relative avec le poids du bouche à oreille (blogs, microblogging / twitter, des communautés)
- Des études ont montré que les personnes ayant un Kindle achètent plus de livres que les personnes qui ne le possèdent pas. La valeur ajoutée est énorme pour les lecteurs : des prix moitié moindres, un accès en seulement quelques secondes et le premier chapitre gratuit pour être sur de son choix – pour Amazon : une plateforme référence et un historique utilisateur pour traquer ses goûts.
Le constat est simple : si Amazon connait le goût des lecteurs et que les auteurs peuvent proposer des livres directement à Amazon – quelle fonction reste t-il aux maisons d’éditions ?
Le rôle des maisons d’éditions doit radicalement changer. Jusqu’à présent, ils ont une faible connaissance de leurs lecteurs: si les auteurs peuvent vendre leurs livres directement via des plateformes tel que Amazon – il faudra que les maisons d’édition apportent une valeur ajoutée aux auteurs. Cela passe par une connaissance approfondie de leurs lecteurs : les maisons d’édition ne doivent plus vendre des livres mais chercher des auteurs pour leur lecteurs. En utilisant le concept de permission marketing (livres envoyés gratuitement, cadeaux, réductions), les maisons d’édition peuvent collecter des données sur leurs lecteurs et envoyer des messages (emails, SMS, Tweets, post de page Facebook) à leurs lecteurs qui seront personnalisés, désirés et pertinents. Les gros éditeurs américains ont depuis deux ans compris cet enjeu et développé des sites communautaires d’e‐lecteurs, à l’image de Pulse It de Simon & Shuster ou de Spine Breakers de Penguin
Le résultat :
- L’auteur pourra vendre d’avantages de livres, car son audience aura été bien définie et ciblée dans son intégralité de manière précise et efficace
- La maison d’édition aura construit la liste et en détiendra le contrôle
- Les librairies souhaiteront bénéficier des ventes
La reflexion est basée sur Rethinking the Publishing Industry par Seth Godin – je vous invite vivement à visionner les vidéos ci-dessous
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